Trente handicapés dans un bus

Avez-vous déjà essayé de faire rentrer trente personnes handicapées dans un bus ?
Ça commence comme une blague, c’est drôle comme une blague mais ce n’est pas une blague!!

Contexte

Comme certains le savent, j’ai participé à un stage d’escrime handisport il y a peu. Ce fut une expérience formidable tant sur le plan humain que sportif. Mais, là n’est pas la question! Le premier dimanche, avait lieu une compétition d’escrime handisport à Antibes, ville située à environ quarante minutes du lieu d’hébergement. Lorsque vous avez une trentaine de personnes à mobilité réduite, dont une partie en fauteuil roulant à déplacer, ça peut vite devenir cocasse.

Et c’est parti pour le bus !

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Le matin, un bus nous attendait sur le parking. Rien de moins que le bus de votre enfance quand vous partiez en voyage scolaire. Oui celui qui a plusieurs marches pour monter dedans, des soutes sur les côtés et des portes qui s’ouvrent par le milieu. Vous vous souvenez? Autant vous dire qu’il n’est pas particulièrement accessible! Certain se déplaçant plus facilement que d’autres, ils aidaient les accompagnateurs. Ceux comme moi, ne pouvant pas du tout se lever, attendions notre tour devant la porte du bus, gentiment assis dans nos fauteuils. Quand je suis arrivée, et que j’ai vu les marches du bus, je les ai regardé d’un très mauvais œil en me demandant vraiment comment j’allais faire.Je ne me suis pas précipitée et j’ai laissé la plupart des personnes passer avant moi ce qui m’a permis de les observer du coin de l’œil en continuant à suer à grosse gouttes.

 Les techniques de chacun

Il y a ceux qui montaient lentement mais sûrement puis … il y avait les autres! Certains de s’asseoir sur la première marche dos à l’intérieur du bus et de monter l’escalier à la force des bras, d’autres de se faire aider car leur handicap ne leur permettait pas de monter seul et qu’ils n’avaient pas encore appris à voler. Je commençais sérieusement à avoir des sueurs froides. Monter à la force des bras, ok sauf que le mouvement de torsion des épaules vers l’arrière pour se hisser me fait particulièrement mal, donc le challenge ne m’inspirait pas trop, outre le fait que je n’avais pas envie de me retrouver au milieu de l’escalier à ne plus pouvoir bouger. (J’ai ma fierté s’il vous plaît!).
D’autres étaient aidés par les personnes valides qui les portaient dans le bus : hop on porte sous les bras sous les jambes et c’est parti. Mais je m’en serais voulue de me faire aider alors que j’ai des jambes, pas très efficaces certes mais pas paralysées. Et puis soyons honnête, j’ai horreur que l’on me porte, notamment parce que l’on touche alors les parties de mon corps où même le contact de mes habits est douloureux.

Donc je continuais à me liquéfier en me demandant comment j’allais m’y prendre pour grimper ces « minuscules » marche sans avoir l’air ridicule (oui oui ça compte).

Regardé, observé

regardé, observé

Ce qui était aussi très déstabilisant pour moi et mon côté intimidé est que dans le bus tout le monde étaient assis aux places les plus proches de l’escalier et se penchaient pour regarder l’ascension de chacun.
Oui je l’admets si j’avais pu me transformer en petite souris ou partir en courant je l’aurais fait deux fois plutôt qu’une.

J’ai laissé passer une bonne partie des personnes puis quand on m’a dit « allez Circée à toi », j’y suis allée.
J’ai utilisé ma technique préférée qui donne aussi une belle vue sur mon arrière train à toutes les personnes encore dehors. Mais comme j’avais arrêté de penser, je ne l’ai réalisé qu’après coup, Ouf !
Ma technique : monter avec la marche de l’ours. En gros à quatre pattes les bras et jambes tendus et les fesses en l’air, pas très glamour, je l’admet.

Une fois arrivé au bout de cet Everest d’escalier (4 marches tout de même !), il fallait bien que je me relève et que j’aille m’asseoir.
De m’accrocher d’un côté puis de l’autre, de tanguer, de ne pas regarder autour de moi j’y suis arrivée.

Je n’avais d’ailleurs jamais vu un bus rempli uniquement au milieu. Les places du fond c’est peut être la classe, mais c’est loin !

Et mes roues alors ?

Tetris dans les soute du bus

Non parce que sans nos roues, on a pas l’air très fin !

Étant donné que les soutes ne sont pas à la Mary Poppins, faire rentrer tous les fauteuils roulants sans compter les housses d’escrime qui sont conséquentes, n’est pas simple.
Un fauteuil pour qu’il prenne moins de place = un châssis et deux roues. Chaque partie étant indépendante bien sûr.

Je ne sais pas exactement le nombre de personnes en fauteuil que l’on était, mais ça commence à faire un sacré nombre de roues et un sacré exercice de Tetris pour tout empiler correctement en évitant d’en égratigner certains, tordre d’autres.
Je n’ai pas minuté le temps que nous a pris la montée dans le bus, au bas mot je dirais au moins 30 minutes. Mieux vaut prévoir le départ suffisamment tôt!

La descente


Bien sûr la descente est du même acabit que la montée.
Au moins cette fois mes fesses étaient bien posées sur les marches, donc elles ne s’exposaient pas à tous les regards.

Lego de fauteuils après passage en soute

Mais évidemment, il ne s’agit pas de descendre puis de se retrouver à ne pas avoir de fauteuil sous peine d’immobilisme totale sur la dernière marche, les pattes ballantes.
Quoi, apporter les fauteuils vu qu’il y a des personnes valides, pas de soucis ! Oui ben ça c’est dans vos rêves !

En réalité c’était plutôt « tes roues elles sont de quelles couleurs ? », « le châssis rouge il est à qui ?» ou encore « hé, vous vous êtes trompés, il a mes roues a la place des siennes ?».
Le problème c’est que les fauteuils ont en grande majorité des mains courantes grises et des rayons noirs ! Je crois que les personnes valides s’arrachaient les cheveux à les reconstituer correctement ; c’est un jeu de lego mais sans mode d’emploi !

Je dirais que ce fut un moment assez cocasse ! Et maintenant je le sais, avoir un signe distinctif sur toutes les parties de son fauteuil ça peut aider !
Et juste pour faire ma gentille, merci à toutes les personnes qui nous ont aidées, heureusement qu’elles étaient là!

 

Je dirais que ce fut un moment assez cocasse ! Et maintenant je le sais, avoir un signe distinctif sur toutes les parties de son fauteuil ça peut aider !
Et juste pour faire ma gentille, merci à toutes les personnes qui nous ont aidées, heureusement qu’elles étaient là!

2 réflexions au sujet de “Trente handicapés dans un bus”

  1. Je trouve fou qu’ils n’aient pas plutôt prévu cinq minibus adaptés ! Question de budget, j’imagine… Mais quand même !
    En tout cas, pour toi qui es fan de cinéma, cette scène mériterait de figurer dans une comédie grand public !! (sur le handicap ou pas, d’ailleurs)

    Répondre
    • Je pense budget, commodités parce que ça voudrait dire aussi 5 chauffeurs. Puis en fait ça l’a tout à fait fait! C’est juste qu’au premier abord j’ai hésité entre me liquéfier et éclater de rire!!

      Répondre

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